• Gaëtan Sauvé

L'aikidoka qui voulait prouver son art


C’est l’histoire d’un Japonais qui avait passé sa vie à étudier l’aïkido1. Bien qu’il ait passé son existence à pratiquer cet art gracieux, il n’avait jamais eu l’occasion de vérifier son efficacité contre un attaquant déterminé à lui faire du mal. Donc, il attendait le jour où un criminel viendrait à croiser son chemin pour tester son efficacité.


Plus il s’entraînait, et plus son obsession de se prouver à lui-même que l’aïkido était aussi puissant dans la rue que dans son dojo (école d’art martial) grandissait. Un jour, après son travail, dans un métro en direction de la maison, une occasion se présenta. Un homme ivre et agressif entra dans le train et commença immédiatement à attaquer verbalement les autres passagers. « Ça y est ! » Le pratiquant d’aïkido se dit en lui-même : « Voici ma chance de tester mon art. » Il demeura assis, bien concentré, attendant que cet agresseur arrive devant lui. Cela devait arriver, car il s’approchait de lui en injuriant tout le monde sur son chemin. L’homme saoul s’approchait de plus en plus du pratiquant d’aïkido. Plus il s’approchait et plus agressif il devenait. Certains passagers se tassaient, de peur d’être attaqués par ce dernier tandis que d’autres ne bougeaient pas, paralysés par la peur. Quelques passagers fuirent au bout du wagon pendant que quelques autres feignaient de dormir afin de fuir le regard de ce fou furieux. Plus cet homme ivre s’approchait et plus notre homme d’aïkido se préparait à un combat sanglant et était prêt à démontrer à tout le monde, et à lui-même, l’efficacité incontestable de son art.

Juste au moment où l’homme se trouvait à sa portée et avant même qu’il ait eu le temps de se lever pour mettre hors de combat cet individu, un passager devant lui se leva. Tout en agitant les deux mains devant l’homme ivre, il engagea joyeusement la conversation avec celui-ci. « Hé, mon ami ! Qu’est-ce qui se passe avec toi ? Je parie que tu as bu toute la journée, n’est-ce pas ? Tu as l’air d’un homme avec des problèmes. Je ne vois personne qui est de taille à se battre avec toi. » L’homme ivre stoppa, la bouche grande ouverte, un état de confusion s’empara de lui. En regardant les mains de l’homme s’agiter, ses pensées s’arrêtèrent. Pendant un court instant, son cerveau stoppa ! L’homme pointa la place vide à côté de lui en lui disant : « Allez, viens t’asseoir avec moi ! On ne s’est pas parlé depuis un bon bout de temps ! Discutons mon ami. » Le pratiquant d’aïkido regarda avec stupeur le passager discuter habilement avec cet homme ivre et désamorcer sa fureur. Au bout de quelques minutes, l’homme ivre expliqua comment sa vie avait dégringolé et comment il était tombé bien bas. Les larmes coulaient sur ses joues, l’homme qui avait une main sur son épaule lui parlait dans son oreille.


Le pratiquant d’aïkido, courbant sa tête en regardant vers le sol, ressentit une vive sensation de honte s’emparer de tout son être. « Voilà ce qu’est le vrai aïkido. » Il réalisa soudainement que ce passager qui réconfortait cet homme ivre qui pleurait était en train de lui démontrer l’ultime principe de l’aïkido et le but ultime de tous les arts martiaux authentiques : « gagner sans se battre ».


Cette petite histoire illustre bien certaines tactiques et stratégies que pourrait utiliser un pratiquant en autodéfense psychoverbale (ADPV ©). Avant tout, il a attendu jusqu’au moment opportun pour intervenir. En se levant soudainement et en agitant ses deux mains en l’air, il a interrompu l’état d’esprit de l’homme. Le balancement croisé des mains devant le champ visuel de l’homme a créé une interruption de ses processus neurologiques (cognitifs et ressentis internes). Si vous désirez attester ce dernier fait, effectuez l’expérience suivante. Demandez à quelqu’un de penser à une chose précise. Puis, agitez les mains devant son champ visuel. Ensuite, demandez-lui ce qui est arrivé.


Entre un stimulus et une réponse, il y a un vide. En interrompant l’état chez l’homme ivre, il a créé un vide. Puisque le cerveau a horreur du vide, il va chercher à le combler. En affirmant que personne n’est de taille avec lui, il le traite avec dignité et il abaisse son mécanisme de défense. En lui disant : « on ne s’est pas parlé depuis un bon bout de temps », il laisse planer le doute qu’il se connaisse. Par sa manière joviale d’intervenir et de l’amener à s’asseoir à côté de lui, ceci a permis au cerveau de l’homme de combler le vide. L’intervenant a établi le rapport avec ce dernier et il a réussi à instaurer un état de coopération en appuyant sur les bons boutons.



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